Ce fut en vain que Mario et Mercédès la supplièrent avec passion de se taire et de se tenir tranquille: elle éleva la voix en déclarant et jurant qu'elle voulait se livrer; et, lorsque les gardes qui la cherchaient approchèrent de la prairie, elle en était déjà sortie et marchait droit à eux.

Ils hésitaient à s'emparer d'elle, doutant, à son assurance, que ce fût elle, en effet.

Mais elle se nomma, en leur disant:

—Ne portez pas la main sur moi, messieurs; je me rends de bonne grâce. Permettez-moi seulement d'aller saluer mon hôte, et veuillez m'accompagner.

Le marquis fut douloureusement ému de cette apparition; mais il ne put qu'admirer le grand cœur de cette généreuse enfant.

—Monsieur, dit-il au lieutenant de la garde prévôtale, vous me voyez résigné à obéir à votre mandat, puisque telle est la volonté de madame; mais vous ne voudrez point demeurer en reste d'honneur avec elle. Vous souffrirez qu'avec mon fils et sa gouvernante, je la conduise à Bourges en ma carroche. Je n'emmènerai que deux ou trois valets, et nous seront escortés et surveillés par vous avec autant de rigueur qu'il vous conviendra.

Une si juste requête fut écoutée, et la famille eut une heure pour faire ses préparatifs de départ.

Lauriane s'en occupait avec un admirable sang-froid.

Mario, consterné et comme hébété, laissait Adamas l'habiller sans songer à rien.

Il était assis pendant qu'on le bottait, et semblait n'avoir pas la force de soulever ses petites jambes.