D'ailleurs, le marquis avait cru voir quelque trouble chez le lieutenant-général lorsqu'il l'avait questionné sur les prétendus ordres secrets du Prince. Il espéra l'amener, par douceur et persuasion, à révoquer son arrêt.
Il envoya un exprès en Poitou pour tâcher de retrouver M. de Beuvre et l'engager à revenir au plus vite, et il s'établit à Bourges, autant pour suivre son plan auprès de M. Biet que pour ne pas perdre de vue sa chère pupille.
L'exprès ne put rejoindre M. de Beuvre: celui-ci était retombé en mer, on ne savait vers quels rivages.
Au bout de deux mois on n'avait pas reçu de ses nouvelles.
Lauriane le pleurait. Elle n'était pas dupe des contes que lui faisait le marquis pour lui persuader que certaines gens l'avaient aperçu et qu'il se portait bien. Il feignait d'être gêné par la présence de la sœur écoute, qui dormait tout le temps, et de n'oser communiquer les lettres à l'appui de ses assertions.
Lauriane prit le parti de paraître tranquille pour tranquilliser Mario, qui avait toujours les yeux fixés sur elle avec anxiété.
LXIV
L'été de 1622 se passa ainsi sans que le marquis, par prières ou menaces, pût obtenir l'élargissement sous caution de la prisonnière.
M. Biet, craignant d'avoir fait une sottise, s'était fait autoriser, après coup, à cloîtrer madame de Beuvre.
L'absence prolongée et le silence absolu du père empiraient beaucoup la situation. Il devenait fort inutile d'en nier les motifs. Personne ne pouvait plus en douter; aux instances et reproches du marquis, M. Biet répondit, avec un sourire amer: