—Vous avez raison, monsieur, dit-il. Paix à la cendre des Rochelois, et que Dieu vous entende, afin qu'ils ne revivent point à Montauban et ailleurs. Puisque votre père est si bien revenu de son indifférence religieuse, espérons qu'il vous permettra, au besoin, de marcher contre les rebelles du Midi.

—Mon père m'a toujours permis et me permettra toujours de suivre mon inclination; mais sachez, monsieur, qu'elle ne sera jamais de marcher contre les protestants, à moins que je ne voie la monarchie en grand péril. Jamais, par ambition ou par gloriole, je ne tirerai l'épée contre des Français; jamais je n'oublierai que cette cause, jadis glorieuse, aujourd'hui infortunée, a mis Henri IV sur le trône. Vous avez été nourri dans l'esprit de la Ligue, M. Poulain, et aujourd'hui vous le combattez de toutes vos forces. Vous avez été du mal au bien, du faux au vrai; moi, j'ai vécu et je mourrai dans le chemin où l'on m'a mis: fidélité à mon pays, horreur des intrigues avec l'étranger. J'ai moins de mérite que vous, n'ayant point eu lieu de me convertir; mais je vous jure que je ferai de mon mieux, et que, tout en respectant la liberté de conscience chez les autres, je tomberai de toute ma force sur les alliés de M. de Savoie....

—Vous oubliez que ce sont aujourd'hui les alliés de la Réforme.

—Dites de M. de Rohan! M. de Rohan achève par là de tuer son parti, voilà pourquoi je vous ai dit: Paix aux morts!

—Allons, dit l'affidé du père Joseph, je vois que, comme le bon marquis, vous êtes un esprit romanesque, et que vous vous guiderez, à son exemple, par le sentiment. Puis-je, sans indiscrétion, vous demander des nouvelles de monsieur votre père?

—Vous allez le voir en personne, monsieur. Il sera content de vous saluer. Il marche en avant, et, dans un quart d'heure, nous serons près de lui.

—Que me dites-vous? M. de Bois-Doré, à soixante-quinze ou quatre-vingts ans....

—Marche encore contre les ennemis et les assassins de Henri IV. Cela vous étonne, monsieur Poulain?

—Non, mon enfant, répondit l'ex-ligueur devenu, par la force des choses, continuateur et admirateur politique du Béarnais; mais je trouve qu'il s'y prend tard!

—Que voulez-vous, monsieur! Il ne voulait pas marcher tout seul: il attendait l'exemple du roi de France.