—Allons, s'écria M. Poulain en souriant, vous avez réponse à tout! Il me tarde de saluer la belle vieillesse du marquis! Mais il est impossible de trotter ici. Veuillez encore me donner des nouvelles d'un homme à qui je dois la vie: maître Lucilio Giovellino, autrement dit Jovelin, le grand sourdelinier.

—Il est heureux, grâce au ciel! Il a épousé sa meilleure amie, et, à eux deux, ils nous rendent le service de gouverner notre maison et nos biens en notre absence.

—Votre meilleure amie... Parlez-vous de Mercédès, la belle Morisque? J'aurais cru que vous lui préfériez, avec d'autres sentiments, il est vrai, une amie plus jeune et plus belle encore.

—Parlez-vous de madame de Beuvre? reprit Mario avec une franchise qui faisait ressortir la curiosité insinuante de M. Poulain; il m'est facile de vous répondre comme je répondrais à toute la terre. C'est là, en effet, une personne que j'ai aimée avec ardeur dans mon enfance et que je respecterai toute ma vie; mais son amitié pour moi est fort tranquille, et vous pouvez m'interroger sur son compte sans aucun détour.

—N'est-elle point mariée encore?

—Je n'en sais rien, monsieur. En voyage depuis quelques mois, nous n'avons guère de nouvelles de nos amis éloignés.

M. Poulain examina Mario à la dérobée. Il avait le calme d'un cœur brisé, mais non l'affaissement d'une âme épuisée.

—Ignorez-vous, dit le recteur, que M. de Beuvre était sur la flotte anglaise devant La Rochelle?

—Je sais qu'il y fut tué, et que Lauriane ne dépend plus que d'elle-même.

—Elle était en Poitou lorsque le duc de la Trémouille, après l'abandon des Anglais, alla abjurer l'hérésie au camp du roi.