Sa course rétrograde étonna ceux qu'il rencontra. À peu de distance du quartier royal, il vit accourir son père, qui s'effraya de le voir passer ainsi sans s'arrêter, et qui le crut blessé et emporté par son cheval. Mais Mario lui cria:
—Rien! rien!
Et il disparut dans un tourbillon de poussière.
Il fut d'abord repoussé d'auprès de la personne du roi, et, tout aussitôt, prenant son parti, il s'élança vers celle du cardinal.
Le cardinal s'était vu exposé déjà à tant de projets d'assassinat, qu'on ne l'approchait pas facilement. Mais les dépêches que Mario brandissait au-dessus de sa tête et l'heureuse physionomie du digne jeune homme inspirèrent une subite confiance au grand ministre. Il le manda près de lui, et reçut le paquet, que Mario, dans sa hâte, ne songea pas à lui présenter le genou en terre.
LXXII
Le cardinal lut la dépêche.
C'était quelque bonne nouvelle: peut-être le chiffre des forces insuffisantes que Gonzalez de Cordoue avait devant Casal; peut-être une conspiration des reines contre le pouvoir qui sauvait la France.
Quoi qu'il en fût, le cardinal ferma la dépêche avec un malin sourire et leva les yeux sur Mario en disant:
—Les destins propices ont fait si bien les choses, en ce jour, qu'ils ont choisi pour messager un archange. Qui êtes-vous, monsieur, et d'où vient que vous êtes porteur d'une telle dépêche?