Il lui fut répondu qu'elle n'était accusée que d'un délit. Le praticien qui avait si mal soigné Mario, mécontent de le voir guéri par une aventurière, avait accusé celle-ci de lui souffler ses malades, en des termes qui équivalaient, dans ce temps, à une accusation d'exercice illégal de la médecine, accusation qui pouvait avoir des conséquences beaucoup plus graves que de nos jours, puisqu'on pouvait toujours soulever la question de sorcellerie, crime que les plus graves magistrats prenaient au sérieux et punissaient de mort.
—Quoi qu'il arrive d'elle, se dit Mario, il faut que cette dangereuse fille perde la trace de Lauriane, qu'elle avait peut-être déjà trouvée.
Et, dès le lendemain, il courut au couvent.
—À présent, dit-il à son amie, nous pouvons respirer, mais non nous endormir sur le danger.
Et il raconta toute sa bizarre aventure avec la bohémienne.
Lauriane l'écouta attentivement.
—Maintenant, lui dit-elle, je comprends tout. Sachez, Mario, pourquoi je fus si émue hier en vous voyant, et comment j'eus la hardiesse de vous adresser la parole sans être sûre de vous reconnaître. Sachez aussi pourquoi j'hésitai, la première fois, croyant être dupe de mon imagination. J'avais reçu, il y a huit jours, une lettre anonyme remplie d'injures et de menaces, où l'on m'annonçait que vous aviez été tué à l'affaire du pas de Suse.
»J'avais été bouleversée de cette nouvelle. Je vous pleurai, Mario, comme on pleure un frère, et j'écrivis à votre père une lettre que j'envoyai au messager de poste à l'instant même. Cependant, peu à peu, la réflexion me donna des doutes sur l'avis suspect que j'avais reçu, et quand je vous rencontrai, j'allais dans la ville pour m'informer, s'il était possible, des noms des gentilshommes tués dans ce combat.
»J'étais décidée, si le vôtre en était, d'aller trouver votre père pour tâcher de le soutenir et de le soigner dans cette mortelle épreuve. Je lui devais bien cela, n'est-ce pas, Mario, pour tant de bontés qu'il a eues autrefois pour moi?»
Mario regardait Lauriane et ne pouvait se lasser de contempler ses traits altérés, ses yeux enflammés par une douleur et des larmes dont la trace semblait encore fraîche.