Mario trouva là l'abbé Poulain très-fatigué et enchanté d'avoir quelques semaines de congé. Il avait si chaudement servi Mario, que celui-ci l'invita à venir se reposer à Briantes, et ils partirent ensemble, l'abbé se faisant fête d'aller célébrer ostensiblement le mariage des deux jeunes gens.

Nos voyageurs se mirent en route par une chaleur dévorante. On était aux premiers jours de juillet. Le pays qu'ils traversaient, ravagé par la guerre, n'avait plus un arbre, plus une chaumière debout.

Par ordre du roi, les troupes avaient fait le dégât autour des villes rebelles pour affamer les habitants.

—Nous traversons un incendie, dit l'abbé à Mario; le soleil nous traite comme nous avons traité cette pauvre terre, et je crois que nos vêtements vont prendre feu.

—De vrai, monsieur l'abbé, dit Clindor, qui aimait à se mêler de la conversation, on sent par ici une bien méchante odeur de brûlé!

—En effet, dit Mario, quelque maison brûle encore derrière cette colline; ne voyez-vous pas de la fumée?

—C'est peu de chose, dit l'abbé. Quelque petite masure. J'avoue, monsieur le comte, que je suis las de tant de maux. Je haïssais les huguenots autrefois; à présent qu'ils sont par terre, je fais comme vous, je les plains. J'ai vu l'affaire de Privas. Eh bien, j'en ai assez, et je défie les plus gourmands de vengeance de n'en pas être rassasiés.

—Je le crois! dit Mario en soupirant; mais écoutez donc ces cris, monsieur l'abbé: il y a par là des gens en grande détresse. Allons-y voir.

Effectivement, on entendait, derrière la colline d'où montait la fumée, des cris, ou plutôt un seul cri prolongé, perçant, atroce, comme celui de la mouche que suce lentement l'araignée. L'horrible durée de ce cri lointain, qui semblait être celui d'un enfant, fit impression sur l'abbé. Clindor ne pouvait croire que ce fût une voix humaine.

—Non, non, disait-il, c'est quelque pipeau de berger ou quelque chevreau qu'on égorge.