—C'est un être humain qui expire dans les tortures, reprit l'abbé. Je connais trop cette affreuse musique!
—Courons-y donc! s'écria Mario; il est peut-être temps de sauver une malheureuse créature. Venez, venez, l'abbé! La paix est signée; nul n'a plus le droit de torture sur les huguenots!
—Il est trop tard, dit l'abbé, on n'entend plus rien.
Le cri avait cessé brusquement et la fumée tombait. On s'était peut-être trompé.
On poussa néanmoins les chevaux, qui gagnèrent bientôt le haut de la colline.
Alors on aperçut, au fond du vallon, et beaucoup plus loin qu'on ne s'y attendait, un groupe de paysans qui tournaient et s'agitaient autour d'un feu à demi éteint. Avant qu'on fût à portée de la voix, ils s'étaient dispersés. Une seule vieille femme resta auprès des cendres brûlantes, qu'elle retournait avec une fourche, comme si elle y eût cherché quelque chose. Mario arriva le premier auprès de ce reste de brasier, d'où s'exhalait une odeur âcre, insupportable.
—Que cherchez-vous donc là, la mère? lui dit-il, et que vient-on de brûler ici?
—Oh! rien, mon beau monsieur! rien qu'une sorcière qui nous donnait la fièvre avec son regard toutes les fois qu'elle passait. Nos hommes en ont fait une fin, et, moi, je cherche si elle n'a pas laissé son secret dans les cendres.
—Quoi, son secret? dit Mario révolté du sang-froid de cette parque.
—C'est, répondit la vieille, qu'elle avait au cou quelque chose qui brillait, et qu'elle a perdu en se débattant, quand on l'a mise au feu. Alors elle a crié: «Je ne l'ai plus, je suis perdue!» Ça doit être une amulette pour se garantir de malemort, et je la voudrais trouver.