Ce ça viendra me sembla très-désobligeant, bien qu'il fût dit avec une bienveillance optimiste. Je ne me souciais nullement de recommencer une aussi mauvaise nuit; mais, à mon tour, je me résignai vite lorsque madame d'Ionis me dit à demi-voix, pendant que la douairière querellait Zéphyrine sur son incrédulité:

—C'est bien aimable à vous de vous prêter à la fantaisie du jour dans notre maison. J'espère que vous n'aurez, en effet, chez nous, que de bons rêves; mais vous n'êtes pas absolument forcé de voir toutes les nuits ces trois demoiselles. Il suffit que vous en parliez aujourd'hui sans rire à mon excellente belle-mère. Cela lui fait grand plaisir et ne compromet pas votre courage. Tous nos amis sont décidés à les voir pour avoir la paix.

Je fus assez dédommagé et assez électrisé par l'air d'intimité confiante que prenait avec moi cette charmante femme, pour recouvrer ma gaieté ordinaire, et je me prêtai, durant tout le repas, à retrouver peu à peu le souvenir des choses merveilleuses qui m'avaient été révélées. Je promis surtout de longs jours à la douairière, de la part des trois dames vertes.

—Et mon asthme, monsieur? dit-elle, vous ont-elles dit que je guérirais de mon asthme?

—Pas précisément; mais elles ont parlé de longue vie, fortune et santé.

—Tout de bon? Eh bien, vraiment, je n'en demande pas davantage au bon Dieu.—À présent, ma fille, dit-elle à sa bru, vous qui racontez si bien, faites donc part à ce bon jeune homme de la cause de ses rêves et dites-lui l'histoire des trois demoiselles d'Ionis.

Je fis l'étonné. Madame d'Ionis demanda la permission de me confier le manuscrit qu'elle n'avait rédigé, disait-elle, que pour se dispenser de faire trop souvent le même récit.

Le déjeuner était fini. La douairière alla faire sa sieste.

—Il fait trop chaud pour aller au jardin en plein midi, me dit madame d'Ionis, et, pourtant, je ne veux pas vous faire travailler à ce maudit procès en sortant de table. Si vous voulez visiter l'intérieur du château, qui est assez intéressant, je vous servirai de guide.

—Accepter la proposition est d'un indiscret et d'un mal-appris, répondis-je, et pourtant j'en meurs d'envie.