—Eh bien, ne mourez pas, et venez, dit-elle avec une gaieté adorable.
Mais elle ajouta aussitôt, et fort naturellement:
—Viens avec nous, ma bonne Zéphyrine; tu nous ouvriras les portes.
Une heure plus tôt, l'adjonction de Zéphyrine m'eût été fort agréable; mais je ne me sentais plus si timide auprès de madame d'Ionis, et j'avoue que ce tiers entre nous me contraria. Je n'avais certes aucune sorte de présomption, aucune idée impertinente; mais il me semblait que j'aurais causé avec plus de sens et d'agrément dans le tête-à-tête. La présence de cette pleine lune affadissait toutes mes idées et gênait l'essor de mon imagination.
Et puis Zéphyrine ne songeait qu'à la chose que je me serais justement plu à oublier.
—Vous voyez bien, madame Caroline, dit-elle à madame d'Ionis en traversant la galerie du rez-de-chaussée, il n'y a rien du tout dans la chambre aux dames vertes. M. Nivières y a parfaitement dormi!
—Eh! mon Dieu, ma bonne, je n'en doute pas, répondit la jeune femme. M. Nivières ne me fait pas l'effet d'un fou! Cela ne m'empêchera pas de croire que l'abbé de Lamyre y a vu quelque chose.
—En vérité? dis-je un peu ému. J'ai eu l'honneur de voir quelquefois M. de Lamyre; je le croyais aussi peu fou que moi-même.
—Il n'est pas fou, monsieur, reprit Zéphyrine; c'est un badin qui raconte sérieusement des folies.
—Non! dit madame d'Ionis avec décision; c'est un homme d'esprit qui se monte la tête. Il a commencé par se moquer de nous et nous faire des contes de revenants. Il était facile alors, non pour notre bonne douairière, mais pour nous, de voir qu'il plaisantait. Mais peut-être ne faut-il pas trop plaisanter avec certaines idées folles. Il est très-certain pour moi qu'une nuit il a eu peur, puisque rien n'a pu le décider depuis à rentrer dans cette chambre. Mais parlons d'autre chose; car je suis sûre que M. Nivières est déjà rassasié de cette histoire; moi, j'en ai par-dessus la tête, et, puisque tu lui as montré d'avance le manuscrit, me voilà dispensée de m'en occuper davantage.