—Non, madame, non! je ne craindrais ni le ridicule ni le blâme, du moment qu'il s'agirait de vous obéir. Mais vous me mépriseriez si je méritais ce blâme par un faux serment. Pourquoi donc, d'ailleurs, ne pas tenter d'amener les d'Aillane à une transaction honorable pour eux?

—Vous savez bien que celle que M. d'Ionis propose ne l'est pas.

—Vous n'espérez pas modifier ses intentions?

Elle secoua la tête et se tut. C'était me dire éloquemment quel homme sans cœur et sans principes était ce mari, indifférent à tant de charmes et livré à tous les désordres.

—Cependant, repris-je, il vous autorise à être généreuse après la victoire.

—Et à qui croit-il donc avoir affaire? s'écria-t-elle en rougissant de colère. Il oublie que les d'Aillane sont l'honneur même et ne recevront jamais, à titre de grâce et de bienfait, ce que l'équité leur fait regarder comme la légitime propriété de leur famille.

Je fus frappé de l'énergie qu'elle mit dans cette réponse.

—Êtes-vous donc très-liée avec les d'Aillane? lui demandai-je. Je ne le pensais pas.

Elle rougit encore et répondit négativement.

—Je n'ai jamais eu de grandes relations avec eux, dit-elle; mais ils sont mes parents assez proches pour que leur honneur et le mien ne fassent qu'un. J'ai la certitude que la volonté de notre oncle était de leur léguer sa fortune. D'autant plus que M. d'Ionis, m'ayant épousée pour ce qu'on appelait mes beaux yeux, n'a pas eu bonne grâce ensuite vis-à-vis de moi à me chercher un héritage et à vouloir faire casser ce testament pour défaut de forme.