—Un large anneau avec une émeraude en forme d'étoile enchâssée dans l'or.

—Il est étrange que tu voies cela, dit-elle après un moment de silence; les opérations involontaires de la pensée humaine, et la connexion de ses rêves avec certains faits évanouis, renferment peut-être des mystères providentiels. La science de ces choses inexplicables n'appartient qu'à celui qui sait la cause et la raison de tout. La main que tu crois voir n'existe que dans ton cerveau. Ce qui reste de moi dans la tombe te ferait horreur; mais peut-être me vois-tu telle que j'ai été sur la terre. Dis-moi comment tu me vois.

Je ne sais quelle description enthousiaste je lui fis d'elle-même. Elle parut écouter avec attention et me dit:

—Si je ressemble à la statue qui est ici, tu ne dois pas t'en étonner, car je lui ai servi de modèle. Tu réveilles par là, en moi, le souvenir effacé de ce que j'ai été, et jusqu'aux pierreries que tu décris, je me souviens de m'en être parée. La bague que tu crois voir, je l'ai perdue dans une chambre de ce château que j'habitais; elle tomba entre deux pierres disjointes sous l'âtre de la cheminée. Je devais faire lever la pierre le lendemain; mais, le lendemain, j'étais morte. Peut-être la retrouveras-tu si tu la cherches. En ce cas, je te la donne en souvenir de moi et du serment que tu m'as fait de m'obéir. Voici le jour, adieu!

Cet adieu me causa la plus atroce douleur que j'eusse jamais ressentie; je perdis la tête et faillis m'élancer encore pour retenir l'ombre enchanteresse, car peu à peu je m'étais assez rapproché d'elle pour être à portée de saisir le bord de son vêtement, si j'eusse osé le toucher; mais je n'osai pas. J'avais oublié, il est vrai, les menaces de la légende contre ceux qui tentaient de commettre cette profanation; j'étais seulement retenu, et comme anéanti, par un respect superstitieux; mais un cri de désespoir sorti de ma poitrine alla vibrer jusque dans les conques marines des tritons de la fontaine.

L'ombre s'arrêta, comme retenue par la pitié.

—Que veux-tu encore? me dit-elle. Voici le jour, je ne puis rester.

—Pourquoi donc? Si tu le voulais!

—Je ne dois pas revoir le soleil de cette terre. J'habite l'éternelle lumière d'un monde plus beau.

—Emmène-moi dans ce monde! je ne veux plus rester dans celui-ci; je n'y resterai pas, je le jure, si je ne dois plus te revoir.