—Tu me reverras, sois tranquille, dit-elle. Attends l'heure où tu en seras digne, et, jusque là, ne m'évoque plus. Je te le défends. Je veillerai sur toi comme une providence invisible, et, le jour où ton âme sera aussi pure qu'un rayon du matin, je t'apparaîtrai par la seule évocation de ton pieux désir. Soumets-toi!
—Soumets-toi! répéta une voix grave qui résonna à ma droite.
Je me retournai et vis un des fantômes que j'avais déjà vus dans ma chambre, lors de la première apparition.
—Soumets-toi! répéta comme un écho une voix toute pareille, à ma gauche.
Et je vis le second fantôme.
Je n'en fus pas ému, bien que ces deux spectres eussent, dans la hauteur de leur taille et dans le timbre profond de leur voix, quelque chose de lugubre. Mais que m'importait, à moi, de voir ou d'entendre des choses horribles? Rien ne pouvait m'arracher au ravissement où j'étais plongé. Je ne m'arrêtai même pas à regarder ces ombres accessoires; je cherchais des yeux ma céleste beauté. Hélas! elle avait disparu, et je ne voyais plus que l'immobile néréide de la fontaine, avec sa pose impassible et les tons froids du marbre bleui par les reflets du matin.
Je ne sais ce que devinrent ses sœurs; je ne les vis pas sortir. Je tournais autour de la fontaine comme un insensé. Je croyais être endormi et je m'étourdissais dans la confusion de mes idées, avec l'espoir de ne pas m'éveiller.
Mais je me rappelai la bague promise, et montai à ma chambre, où je trouvai Baptiste, qui me parla, sans que je vinsse à bout de savoir de quoi. Il me sembla troublé, peut-être à cause de l'expression de ma figure, mais je ne pensai pas à l'interroger. Je cherchai dans l'âtre et j'y remarquai bientôt deux pierres mal jointes. Je m'efforçai de les soulever. C'était une entreprise impossible sans les outils nécessaires.
Baptiste me croyait probablement fou, et, cherchant machinalement à m'aider:
—Est-ce que monsieur a perdu quelque chose? dit-il.