—Oui, j'ai laissé tomber là, hier, une de mes bagues.

—Une bague?... Monsieur ne porte pas de bagues, je ne lui en ai pas vu.

—C'est égal. Tâchons de la trouver.

Il prit un couteau, gratta la pierre tendre pour élargir la fente, enleva la cendre et le ciment en poudre qui la remplissait, et, tout en travaillant à me satisfaire, il me demanda comment était faite cette bague, de l'air dont il m'eût demandé ce que j'avais rêvé.

—C'est une bague d'or avec une étoile faite d'une grosse émeraude, répondis-je avec l'aplomb de la certitude.

Il ne douta plus, et, détachant une tringlette des rideaux de vitrage, il la recourba en crochet et atteignit la bague, qu'il me présenta en souriant. Il pensait, sans oser le dire, que c'était un don de madame d'Ionis.

Quant à moi, je la regardai à peine, tant j'étais sûr que c'était celle dont j'avais vu l'ombre; elle était effectivement toute semblable. Je la passai à mon petit doigt, ne doutant pas qu'elle n'eût appartenu à la défunte demoiselle d'Ionis et que je n'eusse vu le spectre de cette merveilleuse beauté.

Baptiste mit beaucoup de discrétion dans sa conduite. Persuadé que j'avais eu une très-belle aventure, car il m'avait attendu toute la nuit, il me quitta en m'engageant à me coucher.

On pense bien que je n'y songeais guère. Je m'assis devant la table, que Baptiste avait débarrassée du fameux souper aux trois pains, et, pour m'efforcer de ressaisir l'ivresse de ma vision, dont je craignais d'oublier quelque chose, je me mis à en écrire la relation fidèle, telle qu'on vient de la lire.

Je demeurai dans cette agitation mêlée d'extase jusqu'après le lever du soleil. Je m'assoupis un peu, les coudes sur ma table et crus refaire mon rêve; mais il m'échappa bien vite et Baptiste vint m'arracher à la solitude où j'aurais dès lors voulu achever ma vie.