—Trois pains!

Zéphyrine ouvrit la bouche pour répondre, leva tant soit peu les épaules et disparut.

—Trois pains! m'écriai-je à mon tour. Mais quel appétit me supposez-vous donc, madame la comtesse?

—Oh! ce n'est rien, dit-elle. Ils sont tout petits!

Elle garda un instant le silence. Je cherchais un peu ce que je trouverais à lui dire pour relever la conversation, en attendant que j'eusse le droit de me retirer, lorsqu'elle parut en proie à une certaine perplexité, porta la main au gland de la sonnette et s'arrêta pour dire, comme se parlant à elle-même:

—Pourtant, trois pains!...

—C'est beaucoup, en effet, repris-je en réprimant une grande envie de rire.

Elle me regarda, étonnée, ne se rendant pas compte d'avoir parlé tout haut.

—Vous parlez du procès? dit-elle comme pour me faire oublier sa distraction: c'est beaucoup, ce qu'on nous réclame! Croyez-vous que nous le gagnerons?

Mais elle écouta fort peu mes réponses évasives, et sonna décidément; un domestique vint, à qui elle demanda Zéphyrine. Zéphyrine revint, à qui elle parla dans l'oreille; après quoi, elle parut tranquillisée et se mit à babiller avec moi, en bonne commère, très-bornée, mais bienveillante et presque maternelle, me questionnant sur mes goûts, mon caractère, mes relations et mes plaisirs. Je me fis plus enfant que je n'étais pour la mettre à son aise; car je remarquai vite qu'elle était de ces femmes du grand monde qui ont su se passer de la plus médiocre intelligence, et qui n'ont aucun besoin d'en rencontrer davantage chez les autres.