Elle parut très-embarrassée de mon silence, et je fis un effort pour sortir de cette ridicule extase. Elle me demandait si je n'étais pas M. Just Nivières.

—Oui, madame, lui répondis-je enfin; je vous supplie de me pardonner ma préoccupation. J'étais un peu indisposé, je m'étais assoupi.

—Non! reprit-elle avec une adorable douceur, vous pleuriez! C'est ce qui m'a attirée ici, de la galerie où j'attendais le signal de l'arrivée de mon frère.

—Votre frère...

—Oui, votre ami, Bernard d'Aillane.

—Ainsi vous êtes mademoiselle d'Aillane?

—Félicie d'Aillane, et j'ose dire votre amie aussi, bien que vous ne me connaissiez pas et que je vous voie pour la première fois. Mais l'estime que mon frère fait de vous et tout ce qu'il nous a écrit sur votre compte m'ont donné pour vous une sympathie réelle. C'est donc avec chagrin, avec inquiétude que je vous ai entendu sangloter. Mon Dieu! j'espère que vous n'avez pas été frappé dans vos affections de famille; si vos dignes parents, dont j'ai aussi entendu dire tant de bien, étaient dans la peine, vous ne seriez point ici?

—Grâce à Dieu, répondis-je, je suis tranquille sur le compte de toutes les personnes que j'aime, et le chagrin personnel que j'éprouvais tout à l'heure se dissipe au son de votre voix et aux douces paroles qu'elle m'adresse. Mais comment se fait-il qu'ayant une sœur telle que vous, Bernard ne m'en ait jamais parlé?

—Bernard est absorbé par une affection dont je ne suis pas jalouse et que je comprends bien, car madame d'Ionis est une tendre sœur pour moi; mais n'êtes-vous pas venu avec lui, et comment se fait-il que je vous trouve seul ici, sans que personne soit averti de votre arrivée?

—Bernard a pris les devants...