—Ah! volontiers, répondis-je en lui offrant un fauteuil; j'étais justement fort intrigué.

—Comme femme de charge, dit Zéphyrine refusant de s'asseoir et tenant toujours sa bougie, je serais bien mortifiée que monsieur crût de ma part à une mauvaise plaisanterie. Je ne me permettrais pas... Et pourtant je viens demander à monsieur de s'y prêter pour ne pas mécontenter ma maîtresse.

—Parlez, mademoiselle Zéphyrine; je ne suis pas d'humeur à me fâcher d'une plaisanterie, surtout si elle est divertissante.

—Oh! mon Dieu, non, monsieur; elle n'a rien de bien amusant, mais elle n'a rien de désagréable non plus. Voici ce que c'est. Madame la comtesse douairière est très... elle a une tête bien...

Zéphyrine s'arrêta court. Elle aimait ou craignait la douairière et ne pouvait se décider à la critiquer. Son embarras était comique, car il se traduisait par un sourire enfantin relevant les coins d'une toute petite bouche édentée, laquelle faisait paraître plus large encore sa figure ronde et joufflue, sans front et sans menton. On eût dit la pleine lune se maniérant et faisant la bouche en cœur, comme on la voit représentée sur les almanachs liégeois. La petite voix essoufflée de Zéphyrine, son grasseyement et son blaisement achevaient de la rendre si invraisemblable, que je n'osais la regarder en face, dans la crainte de perdre mon sérieux.

—Voyons, lui dis-je pour l'encourager dans ses révélations: madame la comtesse douairière est un peu taquine, un peu moqueuse?

—Non, monsieur, non! elle est de très-bonne foi; elle croit... elle s'imagine...

Je cherchais en vain ce que la douairière pouvait s'imaginer, lorsque Zéphyrine ajouta avec effort:

—Enfin, monsieur, ma pauvre maîtresse croit aux esprits!

—Soit! répondis-je. Elle n'est pas la seule personne de son sexe et de son âge qui ait cette croyance, et cela ne fait de tort à personne.