—Allons, soit! expliquez-vous, dit le grand bûcheux, en renversant son verre et prenant son parti comme il savait le faire à l'occasion: on ne boira plus, si ce n'est pour trinquer de franche amitié, car il ne faut pas mêler le venin du diable au vin du bon Dieu.

—Vous m'étonnez beaucoup tous les deux, dit Joseph, qui devint jaune jusque dans le blanc de l'œil, et qui cependant continua de rire mauvaisement. À qui diantre en avez-vous, et pourquoi vous grattez-vous quand nulle mouche ne vous pique? Je n'ai rien contre personne; seulement je suis en humeur de me moquer de tout, et je ne pense pas que vous m'en puissiez ôter l'envie.

—Peut-être! dit Huriel, dépité à son tour.

—Essayez-y donc! reprit Joseph toujours ricanant.

—Assez! dit le grand bûcheux, frappant sur la table avec sa grosse main noueuse. Taisez-vous l'un et l'autre, et puisqu'il n'y a pas de franchise chez toi, Joseph, j'en aurai pour deux. Tu as méconnu dans ton cœur la femme que tu voulais aimer; c'est un tort que le bon Dieu peut te pardonner, car il ne dépend pas toujours d'un homme d'être confiant ou méfiant dans ses amitiés; mais c'est, à tout le moins, un malheur qui ne se répare guère. Tu es tombé dans ce malheur, il faut t'y accoutumer et t'y soumettre.

—Pourquoi donc ça, mon maître? dit Joseph, se redressant comme un chat sauvage. Qu'est-ce qui s'est chargé de dire mon tort à celle qui n'en avait pas eu connaissance et qui n'a rien eu à en souffrir?

—Personne! répondit Huriel. Je ne suis pas un lâche.

—Alors, qui s'en chargera? reprit Joseph.

—Toi-même, dit le grand bûcheux.

—Et qui m'y obligera?