Cette insistance déconcerta visiblement Orio.
«Vous avez trop de bonté, répondit-il avec une sorte d'amertume; l'air de la mer m'excite beaucoup le sang.
—Mais votre seigneurie est blessée à cette main, si je ne me trompe? dit Ezzelin, qui avait vu les yeux d'Orio se porter involontairement sur son propre bras droit.
Blessé! s'écria Giovanna en se levant à demi avec anxiété.
Eh! mon Dieu, madame, vous le savez bien, répondit Orio en lui lançant un de ces coups d'oeil qu'elle craignait si fort. Voilà deux mois que vous me voyez souffrir de cette main.»
Giovanna retomba sur sa chaise, pâle comme la mort, et Ezzelin vit dans sa physionomie qu'elle n'avait jamais entendu parler de cette blessure.
«Cet accident date de loin? dit-il d'un ton indifférent, mais ferme.
—De mon expédition de Patras, seigneur comte.»
Ezzelin examina Léontio. Il avait la tête penchée sur son verre et paraissait savourer un vin de Chypre d'exquise qualité. Le comte lui trouva une attitude sournoise, et un air de duplicité qu'il avait pris jusque-là pour de la pauvreté d'esprit.
Il persista à embarrasser Orio.