—Eh! je ne te dis pas d'en boire!» reprit Zuliani impatienté.

Ils arrivèrent en ce moment au palais Soranzo. Leurs gondoles y étaient déjà rendues. Zuliani voulut conduire Orio jusqu'à sa chambre; il pensait qu'il avait la fièvre et craignait qu'il ne tombât dans l'escalier.

«Laisse-moi! va-t-en! dit Orio en l'arrêtant sur le seuil de son appartement. J'ai assez de toi.

—C'est bien réciproque, dit Zuliani en entrant malgré lui. Mais il faut que je me débarrasse de cet or, et que nous fassions notre partage.

—Prends tout! laisse-moi! reprit Soranzo. Épargne-moi la vue de cet or; je le déteste! Je ne sais vraiment plus à quoi cela peut servir!

—Baste! à tout! s'écria Zuliani.

—Si on pouvait acheter seulement le sommeil!» dit Orio d'un ton lugubre.

Et, prenant le bras de son camarade, il le mena jusqu'à un coin de sa chambre où Naam, drapée dans un grand manteau de laine blanche, et couchée sur une peau de panthère, dormait si profondément qu'elle n'avait pas entendu rentrer son maître.

«Regarde! dit Orio à Zuliani.

—Qu'est-ce que cela? reprit l'autre; ton page égyptien? Si c'était une femme, je te l'aurais déjà volée; mais que veux-tu que j'en fasse? Il ne parle pas chrétien, et je vivrais bien mille ans sans pouvoir comprendre un mot de sa langue de réprouvé.