—La fuite nous reste, dit Naam. Partons!
—C'est le dernier parti à prendre, dit Orio, car c'est tout confesser. Écoute, Naam, il faudrait trouver un bon spadassin, un brave, un homme habile et sûr. Ne connais-tu pas ici quelque renégat, quelque transfuge musulman qui n'ait jamais entendu parler de moi, et qui, par considération pour toi seule, moyennant une forte somme d'argent…
—Tu veux donc encore assassiner?
—Tais-toi! Baisse la voix. Ne prononce pas ici de tels mots, même dans ta langue.
—Il faut s'entendre pourtant. Tu veux qu'il meure, et que j'assume sur moi toute la responsabilité, tout le danger?
—Non! je ne le veux pas, Naam! s'écria Soranzo en la pressant dans ses bras; car en cet instant l'air sombre de Naam l'effraya, et lui rappela que ce n'était pas le moment de perdre son dévouement.
—Ce que tu veux sera fait, dit Naam en se dirigeant vers la porte.
—Arrête, non! ce serait pire que tout! dit Orio en l'arrêtant. Sa soeur et sa tante m'accuseraient, et j'aurais eu l'air de craindre la vérité. D'ailleurs je ne veux pas que tu t'exposes. Va, quitte-moi, Naam, mets ta tête à l'abri des dangers qui menacent la mienne. Il en est temps encore, fuis!
—Je ne te quitterai jamais, tu le sais bien, répondit tranquillement
Naam.
—Quoi! tu me suivrais même à la mort? Songe que tu seras accusée aussi peut-être!