—Je l'espère, dit Orio. Vous voudrez bien vous rappeler que je ne vous ai rien commandé; car vous en avez menti, je ne vous ai rien commandé du tout.

—Menti! moi, menti! dit Naam d'une voix tremblante.

—Menti par la gorge! menti comme un chien! s'écria Orio dans un accès de fureur grossière, mouvement d'irritation toute maladive et qu'il ne pouvait réprimer, quoique peut-être il sentît bien au fond de lui-même que ce n'était pas le moment de s'y livrer.

—C'est vous qui mentez, reprit Naam d'un ton méprisant et en croisant ses bras sur sa poitrine. J'ai commis pour vous des crimes que je déteste, puisqu'il vous plaît d'appeler ainsi les actes qu'on fait pour vous, lorsqu'ils ne vous semblent plus utiles; et quant à moi, je hais le sang, et j'ai subi l'esclavage chez les Turcs sans songer à faire pour mon salut ce que j'ai fait ensuite pour le vôtre.

—Dites que c'était pour vous sauver vous-même, s'écria Orio, et que ma présence vous a tout d'un coup donné le courage qui jusque-là vous avait manqué.

—Je n'ai jamais manqué de courage, reprit Naam, et vous qui m'insultez après de telles choses et dans un pareil moment, voyez le sang qui est sur mes mains! C'est le sang d'un homme, et c'est le troisième homme dont moi, femme, j'ai pris la vie pour sauver la vôtre!

—Aussi vous l'avez prise lâchement et comme une femme peut le faire.

—Une femme n'est point lâche quand elle peut tuer un homme, et un homme n'est point brave quand il peut tuer une femme.

—Eh bien! j'en tuerai deux!» s'écria Soranzo, que ce reproche acheva de rendre furieux. Et cherchant son épée, il allait s'élancer sur Naam, lorsque trois coups violents ébranlèrent la porte du palais.

«Je n'y suis pas, s'écria Soranzo à ses valets, qui étaient déjà levés et qui parcouraient les galeries. Je n'y suis pour personne. Quel est donc l'insolent mercenaire qui vient frapper à une pareille heure de manière à réveiller le maître du logis?