—Oui, c'est un athée, lui! il a ri tout le temps! Il ne faut pas que la religion prête à rire!
—Vous eussiez ri de même... si vos oreilles eussent été plus habituées à l'accent campanien du prédicateur.
—Ah! il a un accent particulier, n'est-ce pas? C'est donc cela que je perds un peu de ce qu'il dit! Ah ça! il a donc été... grotesque?
—Oui, mais avec beaucoup d'esprit, et à dessein. Cette verve italienne soutenait son raisonnement. Il raillait les incrédules, les ambitieux, les chrétiens tièdes, tous ceux qui prétendent faire leur salut sans renoncer aux biens de ce monde et aux douceurs de la famille. Il les contrefaisait plaisamment, et, prenant ensuite les foudres du Dieu de Job, il les pulvérisait et les foulait aux pieds. Il appelait le diable à son aide, et Dieu commandait à Satan de torturer dans l'éternité ces âmes froides ou perverses. Il y avait du Dante et du Michel-Ange parfois dans sa vision de l'enfer. C'était fort beau, je vous assure, et j'aurai du plaisir à l'entendre encore.
—Ça ne vous fait donc rien, à vous? vous ne croyez à rien?
—Je crois en Dieu, général; mais, pas plus que vous, je ne crois au diable.»
Le général ne répondit pas. Il pensait à sa femme, que la peur de l'enfer avait tuée. Il se demandait à lui-même s'il y croyait.—L'image d'un démon armé d'une fourche se présenta devant lui; il crut voir un Kabyle et chercha à son côté désarmé son sabre pour taillader ce gringalet. Puis il sourit, et dit à M. Lemontier:
«Non, je ne crois pas au diable; c'est un épouvantail pour les capons!»
Puis, un peu mortifié de cette concession où M. Lemontier l'avait entraîné, il reprit avec humeur:
«Mais tout cela est en dehors de nos affaires, monsieur Lemontier, et nous en avons de sérieuses à régler.