Lucie ne répondit pas. Elle revint à sa prétendue jalousie à propos de toi.

«Avouez, dit-elle, que vous m'avez déjà confessée à votre père?

—Il faut croire, répondis-je, que je vous ai confessée telle que vous êtes, puisqu'il m'a renvoyé à vos pieds.

—Comme pénitence!... dit-elle en riant. Eh bien, à présent je veux que nous parlions de moi, afin que ce père, dont j'ai peur et envie, juge si je suis digne de devenir sa fille. Vrai, je n'en sais plus rien! Interrogez-moi.

—Oh! mon Dieu, moi, lui dis-je, une seule chose me tourmente. Votre vie a été si pure, qu'elle est écrite dans un regard, dans un sourire de vous. Vous pouvez avoir essayé d'aimer quelqu'un comme vous essayez de m'aimer à présent, sans perdre le moindre de vos droits à mon respect, et pourtant je serais désespéré d'apprendre que vous avez aimé!

—Alors pourquoi le demandez-vous?

—Pour que, si cela est, vous ne me le disiez jamais.—Ah! vous voilà faible, et vous tombez au-dessous de vous-même. Vous avez le courage de votre franchise, mais non celui de la mienne.

—C'est vrai, mais c'est que je ne suis pas fort du tout, Lucie, ou du moins j'ignore si je le suis. Je n'ai eu jusqu'à présent que du bonheur, et je ne sais pas si je me tirerais d'une violente épreuve. Je crois pouvoir répondre que ma conscience n'y laisserait rien de son honnêteté, mais je ne sais pas si je n'y laisserais pas ma vie.

—Allons, allons! reprit-elle en souriant, ne détournez pas vos yeux des miens et ne soyez pas poltron! J'ai eu un amour, un véritable amour de femme dans ma vie, et j'ai besoin de vous le raconter; mais ne tremblez pas comme cela: j'ai aimé un enfant.

—Un enfant?