Nous cherchâmes dans toute la chambre, le manteau fut introuvable. Nous feignîmes d'en avoir besoin, ne niant pas qu'il fût le nôtre. La servante défit le lit, retourna les matelas en notre présence, alla demander au garçon ce qu'il en avait fait. Il ne se trouva rien dans le lit ni dans la chambre; le garçon n'était même pas monté. Toute la ferme fut en émoi, craignant que quelqu'un ne fût accusé de vol. Nous demandâmes si un étranger n'était pas venu à la Roche-Mauprat et n'y était pas encore. Quand nous nous fûmes assurés que ces braves gens n'avaient logé ni vu personne, nous les rassurâmes sur le manteau perdu en leur disant que Marcasse l'avait roulé par mégarde dans les deux autres, et nous nous enfermâmes dans la chambre, afin de l'explorer à notre aise; car il était à peu près évident, dès lors, que je n'avais point vu un spectre, mais Jean Mauprat lui-même ou un homme qui lui ressemblait et que j'avais pris pour lui.

Marcasse, ayant excité Blaireau de la voix et du geste, observa tous ses mouvements.

—Soyez tranquille, me dit-il avec orgueil; le vieux chien n'a pas oublié le vieux métier; s'il y a un trou, un trou grand comme la main, n'ayez peur... À toi, vieux chien!... N'ayez peur!...

Blaireau, en effet, ayant flairé partout, s'obstina à gratter la muraille à l'endroit où j'avais vu l'apparition; il tressaillait chaque fois que son nez pointu rencontrait une certaine partie du lambris; puis il agitait sa queue de renard d'un air satisfait, revenait vers son maître et semblait lui dire de fixer là son attention. Le sergent se mit alors à examiner la muraille et la boiserie, il essaya d'insinuer son épée dans quelque fente; rien ne céda. Néanmoins une porte pouvait se trouver là, car les rinceaux de la boiserie sculptée pouvaient cacher une coulisse adroitement pratiquée. Il fallait trouver le ressort qui faisait jouer cette coulisse; mais cela nous fut impossible, malgré tous les efforts que nous fîmes pendant deux grandes heures. Nous essayâmes vainement d'ébranler le panneau, il rendait le même son que les autres; tous étaient sonores et indiquaient que la boiserie n'était pas posée immédiatement sur la maçonnerie; mais elle pouvait n'en être éloignée que de quelques lignes. Enfin, Marcasse, baigné de sueur, s'arrêta et me dit:

—Nous sommes bien fous; quand nous chercherions jusqu'à demain, nous ne trouverions pas un ressort, s'il n'y en a pas; et, quand nous cognerions, nous n'enfoncerions pas la porte, s'il y a derrière de grosses barres de fer, comme j'en ai vu déjà dans d'autres vieux manoirs.

—Nous pourrions, lui dis-je, trouver l'issue, s'il en existe une, en nous servant de la cognée; mais pourquoi, sur la simple indication de ton chien qui gratte le mur, t'obstiner à croire que Jean Mauprat, ou l'homme qui lui ressemble, n'est pas entré et sorti par la porte?

—Entré, tant que vous voudrez, répondit Marcasse, mais sorti! non, sur mon honneur! car, comme la servante descendait, j'étais sur l'escalier, brossant mes souliers; quand j'entendis tomber quelque chose ici, je montai vite trois marches, voilà tout, et me voilà près de vous. Vous mort, allongé sur le carreau et bien malade; personne dedans ni dehors, sur mon honneur!

—En ce cas, j'ai rêvé de mon diable d'oncle, et la servante a rêvé d'un manteau noir; car, à coup sûr, il n'y a pas ici de porte secrète; et, quand il y en aurait une, et que tous les Mauprat, vivants et morts, en auraient la clef, que nous fait cela? Sommes-nous attachés à la police pour nous enquérir de ces misérables? et, si nous les trouvions cachés quelque part, ne les aiderions-nous pas à fuir plutôt que de les livrer à la justice? Nous avons nos armes, nous ne craignons pas qu'ils nous assassinent cette nuit; et, s'ils s'amusent à nous faire peur, ma foi, malheur à eux! je ne connais ni parents ni alliés quand on me réveille en sursaut. Ainsi donc, faisons-nous servir l'omelette que les braves gens du domaine nous préparent; car, si nous continuons à frapper et à gratter les murailles, ils vont nous croire fous.

Marcasse se rendit par obéissance plutôt que par conviction; je ne sais quelle importance il attachait à découvrir ce mystère, ni quelle inquiétude le tourmentait, car il ne voulait pas me laisser seul dans la chambre enchantée. Il prétendait que je pouvais encore me trouver malade et tomber en convulsion.

—Oh! cette fois, lui dis-je, je ne serai pas si poltron. Le manteau m'a guéri de la peur des revenants, et je ne conseille à personne de se frotter à moi.