—On ne te pendra pas, reprit-elle en riant; mon prétendu est lieutenant général.
—Ton prétendu! m'écriai-je, saisi d'un nouvel accès de jalousie plus vif que le premier; tu vas te marier?
—Pourquoi non? répondit-elle en me regardant avec attention.
Je pâlis et je serrai les dents.
—En ce cas..., lui dis-je en essayant de l'emporter dans mes bras.
—En ce cas, me répondit-elle en me donnant une petite tape sur la joue, je vois que tu es jaloux; mais c'est un singulier jaloux que celui qui veut posséder sa maîtresse à dix heures pour la céder à minuit à huit hommes ivres qui la lui rendront demain aussi sale que la boue des chemins.
—Ah! tu as raison, m'écriai-je, va-t'en! va-t'en! Je te défendrais jusqu'à la dernière goutte de mon sang; mais je succomberais sous le nombre et je périrais avec la pensée que tu leur restes. Quelle horreur! tu m'y fais penser; me voilà triste. Allons, pars!
—Oh! oui! oh! oui! mon ange, s'écria-t-elle en m'embrassant sur les joues avec effusion.
Cette caresse, la première qu'une femme m'eût faite depuis mon enfance, me rappela, je ne sais comment ni pourquoi, le dernier baiser de ma mère; et, au lieu de plaisir, elle me causa une tristesse profonde. Je me sentis les yeux pleins de larmes. Ma suppliante s'en aperçut et baisa mes larmes en répétant toujours:
—Sauve-moi! sauve-moi!