—Et ton mariage? lui dis-je. Oh! écoute, jure-moi que tu ne te marieras pas avant que je meure; ce ne sera pas long, car mes oncles font bonne justice et courte justice, comme ils disent.

—Est-ce que tu ne vas pas me suivre? reprit-elle.

—Te suivre? Non! pendu là-bas pour avoir fait le métier de bandit, pendu ici pour t'avoir fait évader, ce sera toujours bien la même chose, et, du moins, je n'aurai pas la honte de passer pour un délateur et d'être pendu en place publique.

—Je ne te laisserai pas ici, s'écria-t-elle, dussé-je y mourir; viens avec moi; tu ne risques rien, crois-en ma parole. Je réponds de toi devant Dieu. Tue-moi si je mens; mais partons vite... Mon Dieu! je les entends chanter! Ils viennent! Ah! si tu ne veux pas me défendre, tue-moi tout de suite!

Elle se jeta dans mes bras. L'amour et la jalousie gagnaient de plus en plus en moi; j'eus, en effet, l'idée de la tuer, et j'eus la main sur mon couteau de chasse tout le temps que j'entendis du bruit et des voix dans le voisinage de la salle. C'étaient des cris de victoire. Je maudis le ciel de ne l'avoir pas donnée à nos ennemis. Je pressai Edmée sur ma poitrine, et nous restâmes immobiles dans les bras l'un de l'autre, jusqu'à ce qu'un nouveau coup de fusil annonçât que le combat recommençait. Alors je la serrai avec passion sur mon cœur.

—Tu me rappelles, lui dis-je, une pauvre tourterelle qui, étant poursuivie par le milan, vint, un jour, se jeter dans ma veste et se cacher jusque dans mon sein.

—Et tu ne l'as pas livrée au milan, n'est-ce pas? reprit Edmée.

—Non, de par tous les diables! pas plus que je ne te livrerai, toi, le plus joli des oiseaux des bois, à ces méchants oiseaux de nuit qui te menacent.

—Mais comment fuirons-nous? dit-elle en écoutant avec terreur la fusillade.

—Aisément, lui dis-je; suis-moi.