— Ma bourse! s'écria-t-il en s'agitant sur son lit, jamais! jamais! Mon avoir, mon bien! J'y tiens plus qu'à ma vie. Non! Jamais! Je mourrai dans les supplices plutôt que de rien révéler. Qu'on apprête le bûcher, me voilà! brûlez-moi, coupez-moi par morceaux, faites, misérables, je suis prêt, je ne dirai rien!

Il ne se calma que dans la matinée, et, le soir, il recommença son rêve, ses cris, ses terreurs, ses protestations. Le médecin le trouva bien mal, et, la nuit suivante, ce fut encore pire. Je m'épuisais à le tranquilliser, il ne m'écoutait pas et ne me connaissait plus. Le médecin m'engagea à prendre du repos, il me dit que j'avais la figure très altérée et qu'il me croyait très malade aussi.

— Je ne suis pas du tout malade, lui répondis-je; ne vous occupez que de ce pauvre homme qui souffre tant!

Et, comme je disais cela, il paraît que je tombai tout à coup comme morte et qu'on m'emporta dans ma chambre. Je ne m'aperçus de rien, j'étais tout à fait sans force, sans connaissance et sans souvenir ni souci d'aucune chose. Je n'éprouvais qu'un besoin, dormir, dormir encore, dormir toujours. Ma seule souffrance, c'était quand on m'examinait et quand on m'interrogeait. C'était pour moi un dérangement cruel, un effort impossible à faire. Je restai ainsi sept jours entiers. J'avais pris une fluxion de poitrine. Ce fut ma seule maladie, mais elle fut très grave et on espérait peu de moi quand je repris ma connaissance tout d'un coup, comme je l'avais perdue, sans avoir conscience de rien.

J'eus de la peine à rassembler mes souvenirs. J'avais rêvé dans la fièvre que le prieur était mort. Je l'avais vu enterrer; — et puis c'était Émilien, et puis moi-même. Enfin je réussis à questionner Dumont que je reconnus auprès de mon lit:

— Vous êtes sauvée, me dit-il.

— Et les autres?

— Tous les autres vont bien.

— Émilien?

— Bonnes nouvelles. La paix est faite là-bas.