— J'aurais cru, lui dis-je, que vous iriez avec les autres, voir au moins s'il y a du danger pour eux.
— Je sais, répondit-il, qu'il n'y en a pour personne autre que les nobles et le haut clergé, tous gens qui ne me veulent point avec eux; je suis donc en ce monde pour moi tout seul.
— Vous me fâchez de parler comme ça! je ne sais pas si je dois vous mépriser ou vous plaindre.
— Ni l'un ni l'autre, ma petite amie. Qu'on me donne un devoir et je le remplirai; mais je ne vois pas le devoir d'un moine, à moins que ce n'en soit un d'engraisser. Les moines, vois-tu, ça a pu servir dans les temps anciens; mais, du jour où ils ont été riches et tranquilles, ils n'ont plus compté pour rien devant Dieu et devant les hommes.
— Alors, ne soyez pas moine?
— C'est facile à dire; qui me recevra, qui me nourrira, puisque ma famille doit me chasser et me renier si je lui résiste?
— Dame! vous travaillerez! c'est dur, mais Pierre et Jacques vont en journée, et ils sont plus heureux que vous.
— Ce n'est pas sûr. Ils ne pensent à_ _rien, et moi, j'ai du plaisir à raisonner tout seul. Je sais que j'ai beaucoup à apprendre pour bien raisonner, j'apprendrai. Tu m'as dit mon fait, c'est lâche d'être paresseux. Tiens, vois! à présent, je me promène avec un livre et j'y regarde souvent.
— Et m'apprendre, à moi? vous n'y songez plus!
— Si fait. Veux-tu commencer tout de suite?