Ce remords n'empoisonnera pas les jouissances de notre nouveau propriétaire. L'aubergiste qui lui cède la maisonnette est enchanté de pouvoir faire agrandir et arranger désormais son auberge. Il paye quelques dettes avec le surplus, et se loue beaucoup de l'aventure.
IX
10 juillet.
Une voix creuse et sépulcrale me réveille, et une pensée triste me traverse l'esprit.
Le pauvre petit maître d'école qui demeure en face, dans notre square, s'est laissé choir hier de son âne. On le disait brisé. Il est peut-être mourant.
Sans doute, cette voix de la tombe, c'est celle du prêtre qui vient prier pour son âme.
J'entr'ouvre le rideau et je me rassure. Il n'y a là qu'un vieux mendiant aveugle, récitant un long oremus en l'honneur du généreux Amyntas, qui vient de le bien traiter. Aussi, tandis que le propriétaire s'enfuit modestement dans les ruines de la forteresse, pour échapper à la litanie du remercîment, le vieux fait les choses en conscience et récite jusqu'au bout son antienne édifiante.
Une jolie petite fille de dix ans sort de la maison d'école, apporte au pauvre un gros morceau de pain blanc, le lui met dans sa besace et lui demande où il veut aller.
Le bonhomme lui ordonne d'un air grave de le conduire au château. Elle lui prend la main et l'emmène, en écartant devant lui, avec son petit sabot, les pierres qui pourraient le faire trébucher.