On déjeune chez madame Rosalie, on lui dit adieu, et on part pour le Pin par le chemin d'en haut. On redescend avec Moreau à la Creuse, et on fait encore une lieue dans les rochers pour aller au Trou-Martin, un bel endroit, le plus hérissé de la contrée: rochers en aiguilles sur les deux rives de la Creuse, aridité complète, découpure romantique autour du courant devenu plus rapide; l'un fait un croquis; l'autre, un somme.

Au retour, à un méandre où le torrent est calme et profond, une barque glisse lentement d'une rive à l'autre. Le batelier conduit trois femmes chargées de paniers de fruits; tous quatre sont superbes de pose et de costume, à leur insu; l'eau est un miroir; les rivages herbus, les arbres, les terrains sont étincelants au soleil, qui baisse et rougit. Tout est rose, chaud et d'un calme sublime.

Ce n'est pas le lac Némi; ce ne sont pas les femmes d'Albano, c'est autre chose: c'est moins beau et plus touchant. Ici, rien ne pose. En Italie, le moindre brin d'herbe fait ses embarras et attend le peintre.

Belle et bonne France, on ne te connaît pas!

On part à cinq heures, on flâne un peu en route, on boit de l'eau fraîche à Cluis. On peut y manger des goires, gâteau au fromage de la localité. C'est étouffant; mais quand on a faim!...

On arrive à la maison à onze heures du soir. On soupe, on range les papillons, on se couche à deux heures.


X

14 juillet.

Notre ami l'avoué, le fils de la vénérable pastoure, est venu nous voir ce matin.