Amyntas lui confie le soin de régulariser son acquisition et le traite de mon avoué avec une aisance importante. On dirait qu'il n'a fait autre chose de sa vie que d'être propriétaire. Il ne dit plus ma chaumière, il ne dit même plus ma maison, il dit ma villa.
L'avoué nous donne des renseignements sur le pays, dont il est né natif, comme on dit chez nous. Il a été élevé pieds nus, sur les roches du Cerisier. Il soupire au souvenir du temps où, lui aussi, gardait ses vaches dans les grandes herbes. Il a l'excellent esprit de comprendre que sa mère n'ait pu s'habituer à l'air mou d'une ville et au parfum de renfermé d'une étude. Puis il nous dit, lui qui connaît la réalité des choses humaines et qui est rompu au contact des intérêts et des passions des gens de campagne:
—Vous avez eu une bien bonne idée de vouloir planter là une tente. Je ne crois pas que vous le regrettiez jamais. Ce village est un nid de braves gens.
—En vérité? Il nous semblait, mais nous ne savions pas! Nous cherchions des fleurs et des papillons. Aurions-nous trouvé des hommes?
—Des hommes très-bons et très-sincèrement religieux, des moeurs très-douces, vous verrez! Et puis une grande fierté, l'orgueil d'un certain bien-être, joint au plaisir de l'hospitalité. Nous avons peu à faire par là, nous autres gens de procédure. J'en suis fier pour mon endroit. Pas de procès comme dans la Marche. C'est une oasis. Ces gens ne sont jamais sortis de leur manière d'être depuis des siècles. Faute de chemins, ils ne se sont jamais écartés du beau jardin que leur a creusé la nature. Ils ont su garder leur bonheur, et il y a chez eux un grand cachet d'association et d'homogénéité. Ne vous défendez pas de les estimer. Ils sont tous ce qu'ils vous paraissent.
Espérons que ce réaliste de profession n'est pas trop romanesque d'instinct, et retournons au village le plus vite qu'il nous sera possible.
XI
26 juillet.
Parthénias est dans le Midi, Amyntas est parti avant-hier pour son village, afin de mettre les ouvriers en besogne à sa villa. Il nous permet cependant d'y passer encore une bonne journée avant de leur céder la place.