Ce billet avait été écrit par la Florade, la veille ou le matin même, sur une feuille de son carnet, pour être remis secrètement à mademoiselle Roque. On a vu qu'il n'avait trouvé aucun moyen de le remettre, et, dans son trouble, il ne s'était pas aperçu de la perte de l'objet compromettant. Il l'avait peut-être laissé tomber près du poste, peut-être oublié dans la chambre des petites filles, où il avait passé la nuit et où il avait dû l'écrire.

Dans cette même chambre, sur ce même lit encore tiède du sommeil de son amant, la Zinovèse semblait mourante. Sans doute elle croyait avoir saisi la preuve d'une intrigue d'amour entre Nama et la Florade, elle avait été en proie au délire; mais, après avoir voulu tuer son enfant, que s'était-il donc passé dans son organisation bouleversée? Une congestion cérébrale s'était-elle déclarée, ou bien la malheureuse s'était-elle donné la mort?

Oui, sans aucun doute, elle avait bu du poison, bien que je n'aie pu retrouver ni fiole, ni breuvage ni aucun indice du fait. Je n'attendis pas ses aveux pour me convaincre. Divers symptômes que j'avais déjà pu étudier sur un autre sujet et les avertissements donnés par Marescat me fixèrent vite, et je recourus à tous les moyens indiqués par la nature du mal pour le combattre. Je fis emmener les enfants, j'appelai les femmes des autres douaniers, j'envoyai Estagel chercher les objets nécessaires au Brusc, le plus prochain village, et j'eus une heure d'espoir, car j'obtins un mieux sensible, la peau se réchauffa un peu, les traits se détendirent, la connaissance et la parole revinrent. J'en profitai pour éloigner mes aides et interroger la malade.

—Quel poison avez-vous pris? lui dis-je.

—Je n'ai rien pris.

—Si fait, je le sais. Qu'y avait-il avec la ciguë?

—Ah! vous savez! Eh bien, il y avait plusieurs herbes.

Et elle me nomma des plantes dont le nom en patois local ne m'apprenait rien. Je pus lui arracher la révélation vague des doses et de la préparation, mais elle ne se laissa pas interroger complétement.

—Laissez-moi mourir tranquille, dit-elle, vous n'y pouvez rien. Il faut que je parte, et, si vous me sauvez, je recommencerai.

—Vous aviez donc depuis longtemps la volonté de vous ôter la vie?