—Non. Je voulais l'ôter à celui qui m'a jouée et avilie!... mais j'espérais toujours. Aujourd'hui ... quand donc? je ne sais plus le temps qu'il y a,... j'ai trouvé une lettre.... Ah! où est-elle?
—Je l'ai. Cette lettre est d'un frère à sa sœur.
—Non, vous mentez. Je ne vous crois plus. Rendez-la-lui, sa lettre, et dites-lui ce qu'elle a fait, dites-lui qu'elle m'a rendue folle et que j'ai voulu ... je ne sais plus quoi.... Ah! si, j'ai voulu tuer ma petite! Et je l'ai tuée, car je ne la vois pas ici. Mon Dieu! où est Louise? Louise est morte, n'est-ce pas? Ah! vous pouvez tout me dire, puisque je suis morte aussi!
—Non, Louise n'a presque rien. Repentez-vous, et Dieu vous sauvera peut-être.
—Je ne veux pas vivre! Non, je tuerais les deux enfants, et le mari, et tout, puisque je n'ai plus ma tête. Quand j'ai vu ça, je me suis punie. J'ai dit: «Tu ne peux pas te venger, puisque tu ne sais plus ce que tu fais; eh bien, il faut en finir.» C'est un bien pour les enfants, allez, et pour l'homme aussi! Dites à votre ami l'officier qu'il soit bien heureux, lui, et qu'il s'amuse bien! Moi, j'ai fini de souffrir.
Une violente convulsion jeta la malheureuse à la renverse sur son oreiller. De nouveaux soins la ranimèrent une seconde fois. Elle reconnut son mari, qui rentrait, et demanda à être seule avec lui. Ils restèrent quelques minutes ensemble, puis Estagel me rappela. Il semblait frappé d'idiotisme et sortit en disant que sa femme demandait le prêtre; mais il s'en alla au hasard, comme un homme ivre.
A partir de ce moment, la Zinovèse n'eut plus que de faibles lueurs de mémoire. Je la voyais rapidement s'éteindre. Je fis rentrer les enfants, qu'elle demandait à embrasser; mais elle ne les reconnut pas, et, vers six heures du soir, elle expira sans en avoir conscience.
Estagel revenait quand je le rencontrai en sortant de la maison et conduisant les deux petites filles loin de l'affreux spectacle de cette mort désespérée.
—Tout est fini? dit le brigadier en recevant les enfants dans ses bras.
—Oui, occupez-vous de ces chères créatures-là. C'est pour elles qu'il faut vivre à présent. Elles n'ont pas été heureuses, vous leur devez tout votre cœur et tout votre courage.