—Oui,—ou se battre.
—Avec le mari?
—Oui, peut-être! Pourtant le mari ne savait rien.
—Et la Florade n'est pas assez fou pour s'être confessé....
—Ah! dame, il est bien fou, vous savez, et, dans le moment d'une mauvaise nouvelle, on parle quelquefois plus qu'on ne croit parler.
—S'étaient-ils vus hier au soir, lui et le brigadier?
—Le brigadier dit que non, et les hommes du poste ne savent pas. Vous sentez qu'on ne peut guère questionner là-dessus. C'est des choses délicates, encore que tout le monde par-là sache bien ce qui en était de la brigadière et du lieutenant!
En parlant ainsi avec Marescat, j'avais gagné le rivage pour me rendre au baou rouge. La course est longue et rude, mais moins longue par la falaise que par les tours et détours des chemins de voiture. D'ailleurs, ces chemins sont dangereux la nuit pour les chevaux, et nous eussions pu être retardés par un accident. Ma première pensée fut d'entrer au poste pour m'enquérir d'Estagel. Je le trouvai assis près du lit mortuaire. La Zinovèse n'était plus qu'une forme vaguement dessinée sous un drap blanc semé de branches de cyprès. A la clarté des cierges qui brûlaient aux quatre coins de ce lit, je pus examiner attentivement la physionomie austère du brigadier. Rien ne trahissait en lui une pensée étrangère à la douleur morne et recueillie de sa situation.
J'avoue que je n'osai l'interroger. Une vieille femme qui veillait et priait au bout de la chambre vint à moi sur le seuil, et me dit à voix basse:
—Vous cherchez aussi l'officier, vous? Bah! il n'est pas venu chez nous. Il est sur son navire. Qu'est-ce que vous voulez qui lui soit arrivé? Il n'y a pas de mauvaises bêtes par ici, et les voleurs n'y viennent pas; il n'y a que de pauvres maisons, et si peu!