Ainsi l'horrible événement n'avait rien changé dans les projets de la marquise, rien ébranlé dans ses sentiments! On laissait passer la triste journée; le lendemain, on parlerait d'amour et de mariage! Pourquoi non, après tout? Si le bonheur n'était pas égoïste, il ne serait plus le bonheur, puisqu'il est un état de repos exceptionnel au milieu d'une vie où tout s'agite autour de nous dans la tourmente sans trêve et sans fin.
J'étais trop fatigué cette fois pour ne pas dormir. J'avais, d'ailleurs, plus que jamais la ferme résolution de me reposer vite et complétement, pour être encore prêt aux dévouements du lendemain. Ma vie ne m'appartenait plus.
Bien me prit d'être endormi à neuf heures du soir: Marescat entra chez moi à deux heures du matin. Il venait de la part de Pasquali savoir si la Florade m'avait donné signe de vie. Pasquali n'avait encore pu le joindre. On ne l'avait pas encore vu au poste du baou rouge, et pourtant le garde de la forêt de la Bonne-Mère affirmait lui avoir parlé la veille, à sept heures du soir. C'est ce garde, déjà informé, qui lui avait appris la mort de la Zinovèse. La Florade s'était mis à courir à travers bois dans la direction du poste. Depuis ce moment, personne ne l'avait revu. Les gardes-côtes n'avaient pas signalé d'autre passant sur les sentiers de la falaise que Pasquali et Marescat lui-même, qui avait marché et cherché en vain une partie de la nuit, tandis que Pasquali cherchait de son côté.
—Le brigadier cherchait-il aussi? demandai-je à Marescat tout en m'habillant à la hâte.
—Oui, c'était son devoir. Quoiqu'il fût en prière depuis sept heures jusqu'à minuit auprès du corps de sa femme, il a commandé les recherches, et il y a été aussi de temps en temps; mais dans tout ça il n'y avait que M. Pasquali et moi d'inquiets. Tout le monde disait: «Ça aura fait de la peine à l'officier, de voir la brigadière morte; il n'aura pas pu se décider à entrer au poste, il sera retourné par les bois, et, à présent, il est bien tranquille à son bord.»
—Et pourquoi n'en serait-il pas ainsi? Au lieu d'explorer les bois, ne vaudrait-il pas mieux aller au port de Toulon?
—C'est ce que M. Pasquali est en train de faire. Il a été prendre un bateau à la Seyne, mais il m'a dit: «Va voir au quartier de Tamaris, et, s'il n'y est pas, tu diras au docteur de s'inquiéter.»
—Qu'est-ce qu'il craint donc, M. Pasquali? Le savez-vous?
—Oui et non, que je le sais! Il a l'idée que son filleul peut avoir fait quelque bêtise dans le chagrin.
—Se tuer?