—Alors, dit-elle quand j'eus fini, vous ne m'approuveriez pas de fermer ma porte à votre ami, s'il venait me voir avec son parrain ou avec vous?
Je ne pus surmonter un peu d'amertume. Je lui témoignai ma surprise d'avoir à examiner une question de prudence et de convenance avec une femme qui savait le monde mieux que moi. Je me récusai quant au conseil à donner, et j'ajoutai que je n'aurais probablement pas l'occasion d'accompagner la Florade chez elle, puisque je partais dans huit jours. Et, comme ce sujet de conversation commençait à dépasser mes forces, je la priai de vouloir bien m'écouter sur un autre sujet plus intéressant peut-être pour elle et pour moi. Pasquali se levait par discrétion: je le retins et présentai à la marquise la lettre du baron; après quoi, pendant qu'elle en prenait lecture, je suivis notre hôte au fond de son petit jardin.
—Quelle diable d'idée a-t-elle, me dit-il, de vouloir inviter la Florade? J'ai peur que ce gaillard-là ne lui fasse une déclaration à la seconde visite!
—Eh bien, qu'est-ce que cela vous fait? répondis-je avec une indifférence très-bien jouée.
—Cela ne vous fait donc rien, à vous?
—Il me semble que cela ne me regarde pas du tout.
—Eh bien, moi, c'est différent; c'est mon filleul, et je l'aime, le mâtin! Croyez-vous que ça m'amuse, de le voir flanquer à la porte? Et qu'aurai-je à dire? Il l'aura mérité! Elle m'en fera des reproches, la brave femme!
—Non; après ce que vous venez de lui dire....
—Vous croyez?
—Ses reproches seraient injustes. S'il l'offense, elle ne pourra s'en prendre qu'à elle-même. Elle est suffisamment avertie par votre silence.