—De mon amitié, non; mais de mon respect...

—Dites tout. Pourquoi votre respect, se changerai!-il en pitié?

—Parce que vous n'auriez pas été franche avec moi dans le passé. Quoi! tant d'orgueil, de froideur, de dédain pour les femmes faibles, de railleries pour les chutes soudaines, pour les entraînements aveugles; et tout à coup vous vous dévoileriez comme la plus faible et la plus aveugle de toutes? Vous vous seriez garantie pendant des années d'un amour vrai et profond, pour céder en un instant à un prestige passager? Votre caractère perdrait dans cette épreuve toute son originalité, toute sa grandeur.

—Comme vous êtes peu d'accord avec vous-même, Léonce! Hier vous faisiez une guerre acharnée, féroce, à cet odieux caractère; vous le taxiez d'égoïsme et de froide barbarie. Vous étiez prêt à me haïr de ce que je n'avais jamais aimé.

—Alors vous vous êtes piquée d'honneur, et vous avez voulu faire voir de quoi vous étiez capable!

—Soyez calme et généreux: ne me supposez pas la lâcheté de m'être tracé un rôle et d'avoir tranquillement résolu de vous faire souffrir.

—Souffrir, moi? Pourquoi aurais-je donc souffert?

—Parce que vous m'aimiez hier, Léonce. Oui, vous me parliez d'amour en me témoignant de la haine; vous m'imploriez en me repoussant. Je sais que vous en êtes humilié aujourd'hui; je sais qu'aujourd'hui vous ne m'aimez plus.

—Eh bien, dit Léonce tristement, voilà ce qui s'appelle lire dans les coeurs. Mais il vous est, je suppose, aussi indifférent de me voir guéri aujourd'hui, qu'il vous l'était hier de me savoir malade?

—Connaissez donc toute la perversité de mon instinct. Je n'étais pas plus indifférente hier que je ne le suis aujourd'hui. J'avais presque accepté votre amour hier en le repoussant, et aujourd'hui, tout en ayant l'air de l'implorer, j'y renonce.