—Je suis artiste, répondit-il; je sens partout la présence de Dieu, même devant ces grossières images du moyen âge, qui font ressembler le lieu où nous sommes à quelque pagode barbare.
—Vous êtes plus impie que moi: ces fétiches affreux, ces ex-voto cyniques me font peur.
—Je vois, le passé est votre effroi; il vous gâte le présent. Que ne comprenez-vous l'avenir? Vous seriez dans l'idéal.
—Tenez, artiste, regardez! lui dit Sabina en attirant son attention sur une figure agenouillée sur le pavé, dans la profondeur sombre d'une chapelle funéraire.
C'était une jeune fille, presque un enfant, pauvrement vêtue, quoique avec propreté. Elle n'était pas jolie, mais sa figure avait une expression saisissante, et son attitude une noblesse singulière. Un rayon de soleil, égaré dans cette cave humide où elle priait, tombait sur sa nuque rosée et sur une magnifique tresse de cheveux d'un blond pâle, presque blanchâtre, roulée et serrée autour d'un petit béguin de velours rouge brodé d'or fané, et garni de dentelle noire, à la mode du pays. Elle était haute en couleur, malgré le ton fade de sa chevelure. Le bleu tranché de ses yeux paraissait plus brillant sous ses longs cils d'or mat tirant sur l'argent. Son profil trop court avait des courbes d'une finesse et d'une énergie extraordinaires.
—Allons, Léonce, ne vous oubliez pas trop à la regarder, dit Sabina à son compagnon, qui était comme pétrifié devant la villageoise, c'est de moi seule qu'il faut être occupé aujourd'hui; si vous avez une distraction, je suis perdue, je m'ennuie.
—Je ne pense qu'à vous en la regardant. Regardez-la aussi. Il faut que vous compreniez cela.
—Cela? c'est la foi aveugle et stupide, c'est le passé qui vit encore, c'est le peuple. C'est curieux pour l'artiste, mais moi je suis poëte, et il me faut plus que l'étrange, il me faut le beau... Cette petite est laide.
—C'est que vous n'y comprenez rien. Elle est belle selon le type rare auquel elle appartient.
—Type d'Albinos.