—Voyons, petite, raconte-moi ton histoire et confesse-moi ton péché, dit Sabina en prenant, avec une grâce irrésistible, les deux mains de l'oiselière assise dans la voiture en face d'elle. Léonce, n'écoutez pas, ce sont des secrets de femme.

—Oh! Sa Seigneurie peut bien entendre, répondit Madeleine avec assurance. Mon péché n'est pas si gros et mon secret si bien gardé, que je ne puisse en parler à mon aise. Si M. le curé n'avait pas l'habitude de m'interrompre pour me gronder, au lieu de m'écouter, à chaque mot de ma confession, il ne serait pas si en colère contre moi, ou du moins il me ferait comprendre ce qui le fâche tant. J'ai un bon ami, Altesse, ajouta-t-elle en s'adressant à Sabina. Voilà toute l'affaire.

—En juger la gravité n'est pas aussi facile qu'on le pense, dit lady G... à Léonce. Tant de candeur rend les questions embarrassantes.

—Pas tant que vous croyez, répondit-il. Voyons, Madeleine, t'aime-t-il beaucoup?

—Il m'aime autant que je l'aime.

—Et toi, ne l'aimes-tu pas trop? reprit lady G...

—Trop? s'écria Madeleine; voilà une drôle de question J'aime tant que je peux; je ne sais si c'est trop ou pas assez.

—Quel âge a-t-il? dit Léonce.

—Je ne sais pas; il me l'a dit, mais je ne m'en souviens plus. Il a au moins... attendez! dix ans de plus que moi. J'ai quatorze ans, cela ferait vingt-quatre ou vingt-cinq ans, n'est-ce pas?

—Alors le danger est grand. Tu es trop jeune pour te marier, Madeleine.