—Mais vous regretteriez ceux que vous avez élevés?

—Oh! sans doute. Il y en a deux ou trois surtout qui ont tant d'esprit, tant d'esprit, que M. le curé n'en a pas plus, et que mon bon ami seul en a davantage. Mais je vous dis que tous mes oiseaux me suivraient comme je suivrais mon bon ami. Ils commencent à le connaître et à ne pas s'envoler quand il est avec moi.

—Pourvu que le bon ami ne soit pas plus volage que les oiseaux! dit Sabina. Est-il bien beau, ce bon ami?

—Je crois que oui; je ne sais pas.

—Vous n'osez donc pas le regarder? dit Léonce.

—Si fait. Je le regarde quand il dort, et je crois qu'il est beau comme le soleil; mais je ne peux pas dire que je m'y connaisse.

—Quand il dort! vous entrez donc dans sa chambre?

—Je n'ai pas la peine d'y entrer, puisque j'y dors moi-même. Nous ne sommes pas riches, Altesse; nous n'avons qu'une chambre pour nous, avec ma chèvre et le cheval de mon frère.

—C'est la vie primitive! Mais dans tout cela, tu ne dors guère, puisque tu passes les nuits à contempler ton bon ami?

—Oh! je n'y passe guère qu'un quart d'heure après qu'il s'est endormi. Il se couche et s'endort pendant que je récite ma prière tout haut, le dos tourné, au bout de la chambre. Il est vrai qu'ensuite je m'oublie quelquefois à le regarder plus longtemps que je ne puis le dire. Mais ensuite le sommeil me prend, et il me semble que je dors mieux après.