—C'est que, voyez-vous, reprit-elle ingénument, mon bon ami est parti ce matin avant le jour pour la frontière.
—Il te quitte?
—Oh! Dieu veuille que non! je ne crois pas cela. Il s'est chargé d'aller reconnaître un passage qu'il a aperçu et que mon frère prétend impraticable. Lui assure, au contraire, que ce serait mieux pour faire passer la contrebande, et comme il ne veut pas nous être à charge, comme le métier le tente, et qu'il prétend aider mon frère à faire quelque beau coup, il a promis de revenir ce soir et de rapporter une bonne nouvelle; mais moi j'ai peur qu'il ne revienne point, et je ne fais que prier Dieu tout bas. C'est ce qui me donne envie de pleurer.
—Ce passage est dangereux, sans doute, et tu crains qu'il ne s'expose trop?
—Ce n'est pas cela. Ce passage est dangereux, puisque mon frère le regarde comme impossible; mais mon ami est si adroit et si prudent qu'il s'en tirera.
—Que crains-tu donc?
—Que sais-je? Ne me le demandez pas, je ne peux pas vous le dire.
—Je te le dirai, moi. Tu crains qu'il ne t'aime plus. Qu'as-tu fait de ta confiance de ce matin?
—J'ai tort, n'est-ce pas?
—Je ne sais. Mais ne pourrais-tu te consoler, pauvrette?