—Je ne sais pas, Monsieur, répondit Madeleine d'un ton et avec un regard vers le ciel, qui n'exprimaient pas le doute de l'inconstance provocante, mais l'effroi de l'inexpérience en face de la douleur.
—Tu ne le sais pas, en effet, reprit Léonce, attentif à sa physionomie, et tu sens que si c'était possible, ce serait du moins bien difficile.
—Cela ne me parait pas possible du tout. Mais Dieu seul connaît les miracles qu'il peut faire, et on dit que, quand on le prie de tout son coeur, il ne vous refuse rien.
—Ton premier mouvement serait donc de le prier pour qu'il te délivrât de ton amour? Et c'est là sans doute ce que tu fais maintenant?
—Non, Monsieur, je ne le ferais que si j'étais sûre de n'être plus aimée; car si je demandais maintenant de devenir méchante pour quelqu'un qui m'est bon, je demanderais quelque chose que Dieu ne pourrait m'accorder quand même il le voudrait.
—Tu penses que c'est un devoir d'aimer qui nous aime?
—Oui. Quand Dieu nous a permis de l'aimer, il ne veut pas qu'on cesse par caprice, et je crois même que cela le lâche beaucoup.
—Mais par raison, ce serait différent?
—Alors, ce serait le devoir. Aimer quelqu'un qui ne vous aime plus, c'est l'offenser et le contrarier. Dieu ne veut pas qu'on tourmente son prochain, surtout pour le bien qu'il vous a fait.
—Tu es un grand philosophe, Madeleine!