—Oui, je suis naïf en travaillant à la victoire; le désir et l'espoir me rendent éloquent, et je n'ai pas besoin de certitude pour être audacieux. Qu'a donc d'humiliant un échec de ce genre?

—Ah! tu l'ignores? Un refus de femme est pire que le soufflet d'un homme.

—Sot préjugé!

—Non! La femme qui refuse se dit outragée par la prière.

—Fausse vertu! Tout cela est embrouillé et cauteleux chez vous, je le vois bien. O vive la brûlante Italie!

—Tu méprisais pourtant tes anciennes idoles quand tu disais tantôt, sur le rempart: «Nos femmes aiment sans discernement, et vos sentiments, à vous, sont des idées!»

—Je croyais marcher à la découverte de la perfection; mais je vois avec chagrin que l'esprit étouffe le coeur. Je reviens tout repentant et tout contrit à mes souvenirs.

—Au fond, tu as peut-être raison! dit Léonce en sortant d'une profonde rêverie. Celle absence de délicatesse vient de la richesse de votre organisation; et je ne suis pas étonné que lady G... ait été entraînée par cet abandon d'une âme féconde après avoir vécu de subtilités glacées. Nous n'entendons peut-être rien à l'amour, et je reconnais que ce qui m'arrive est mérité. Mais il est trop tard pour en profiter: le charme est détruit, et tu as tout gâté, Teverino, en croyant me servir et m'éclairer.

—Ne dites pas cela, Léonce, vous n'en savez rien. La nuit porte conseil, et demain vous serez calme. Demain, à deux heures après midi, une grande révolution doit s'opérer entre nous tous. Attendez jusque-là pour juger de vous-même.

—Que veux-tu dire?