—Jamais, ma tante.

—Et puis je suis attachée à cette famille-là, moi, reprit madame Lhéry. Le père était si bon! C'était là un homme! et beau! Un général, ma foi, tout chamarré d'or et de croix, et qui me faisait danser aux fêtes patronales tout comme si j'avais été une duchesse. Cela ne faisait pas trop plaisir à madame...

—Ni à moi non plus, objecta le père Lhéry avec naïveté.

—Ce père Lhéry, reprit la femme, il a toujours le mot pour rire! Mais enfin c'est pour vous dire qu'excepté madame, qui est un peu haute, c'est une famille de braves gens. Peut-on voir une meilleure femme que la grand'mère!

—Ah! celle-là, dit Athénaïs, c'est encore la meilleure de toutes. Elle a toujours quelque chose d'agréable à vous dire; elle ne vous appelle jamais que mon cœur, ma toute belle, mon joli minois.

—Et cela fait toujours plaisir! dit Bénédict d'un air moqueur. Allons, allons, cela joint aux mille écus de profit sur la ferme, qui peuvent payer bien des chiffons...

—Eh! ce n'est pas à dédaigner, n'est-ce pas, mon garçon? dit le père Lhéry. Dis-lui donc cela, toi; elle t'écoutera.

—Non, non, je n'écouterai rien, s'écria la jeune fille. Je ne vous laisserai pas tranquille que vous n'ayez laissé la ferme. Votre bail expire dans six mois; il ne faut pas le renouveler, entends-tu, mon papa?

—Mais qu'est-ce que je ferai? dit le vieillard ébranlé par le ton à la fois patelin et impératif de sa fille. Il faudra donc que je me croise les bras? Je ne peux pas m'amuser comme toi à lire et à chanter, moi; l'ennui me tuera.

—Mais, mon papa, n'avez-vous pas vos biens à faire valoir?