—Tout cela marchait si bien de front! il ne me restera pas de quoi m'occuper. Et d'ailleurs où demeurerons-nous? Tu ne veux pas habiter avec les métayers?

—Non certes! vous ferez bâtir; nous aurons une maison à nous; nous la ferons décorer autrement que cette vilaine ferme; vous verrez comme je m'y entends!

—Oui, sans doute, tu t'entends fort bien à manger de l'argent, répondit le père.

Athénaïs prit un air boudeur.

—Au reste, dit-elle d'un ton dépité, faites comme il vous plaira; vous vous repentirez peut-être de ne pas m'avoir écoutée; mais il ne sera plus temps.

—Que voulez-vous dire? demanda Bénédict.

—Je veux dire, reprit-elle, que quand madame de Raimbault saura quelle est la personne que nous avons reçue à la ferme et que nous logeons depuis trois semaines, elle sera furieuse contre nous, et nous congédiera dès la fin du bail avec toutes sortes de chicanes et de mauvais procédés. Ne vaudrait-il pas mieux avoir pour nous les honneurs de la guerre et nous retirer avant qu'on nous chasse?

Cette réflexion parut faire impression sur les Lhéry. Ils gardèrent le silence, et Bénédict, à qui les discours d'Athénaïs déplaisaient de plus en plus, n'hésita pas à prendre en mauvaise part sa dernière objection.

—Est-ce à dire, reprit-il, que vous faites un reproche à vos parents d'avoir accueilli madame Louise?

Athénaïs tressaillit, regarda Bénédict avec surprise, le visage animé par la colère et le chagrin. Puis elle pâlit et fondit en larmes.