C'était une femme petite et mince qui, au premier abord, semblait âgée de vingt-cinq ans; mais, en la voyant de près, on pouvait lui en accorder trente sans craindre d'être trop libéral envers elle. Sa taille fluette et bien prise avait encore la grâce de la jeunesse; mais son visage, à la fois noble et joli, portait les traces du chagrin, qui flétrit encore plus que les années. Sa mise négligée, ses cheveux plats, son air calme, témoignaient assez l'intention de ne point aller à la fête. Mais dans la petitesse de sa pantoufle, dans l'arrangement décent et gracieux de sa robe grise, dans la blancheur de son cou, dans sa démarche souple et mesurée, il y avait plus d'aristocratie véritable que dans tous les joyaux d'Athénaïs. Pourtant cette personne si imposante, devant laquelle toutes les autres se levèrent avec respect, ne portait pas d'autre nom, chez ses hôtes de la ferme, que celui de mademoiselle Louise.

Elle tendit une main affectueuse à madame Lhéry, baisa sa fille au front, et adressa un sourire d'amitié au jeune homme.

—Eh bien! lui dit le père Lhéry, avez-vous été vous promener bien loin ce matin, ma chère demoiselle?

—En vérité, devinez jusqu'où j'ai osé aller! répondit mademoiselle Louise en s'asseyant près de lui familièrement.

—Pas jusqu'au château, je pense? dit vivement le neveu.

—Précisément jusqu'au château, Bénédict, répondit-elle.

—Quelle imprudence! s'écria Athénaïs, qui oublia un instant de crêper les boucles de ses cheveux pour s'approcher avec curiosité.

—Pourquoi? répliqua Louise; ne m'avez-vous pas dit que tous les domestiques étaient renouvelés sauf la pauvre nourrice? Et bien certainement, si j'eusse rencontré celle-là, elle ne m'eût pas trahie.

—Mais enfin vous pouviez rencontrer madame...

—À six heures du matin? madame est dans son lit jusqu'à midi.