—Vous vous êtes donc levée avant le jour? dit Bénédict. Il m'a semblé en effet vous entendre ouvrir la porte du jardin.
—Mais mademoiselle! dit madame Lhéry, on la dit fort matinale, fort active. Si vous l'eussiez rencontrée, celle-là?
—Ah! que je l'aurais voulu! dit Louise avec chaleur; je n'aurai pas de repos que je n'aie vu ses traits, entendu le son de sa voix... Vous la connaissez; vous, Athénaïs; dites-moi donc encore qu'elle est jolie, qu'elle est bonne, qu'elle ressemble à son père...
—Il y a quelqu'un ici à qui elle ressemble bien davantage, dit Athénaïs en regardant Louise; c'est dire qu'elle est bonne et jolie!
La figure de Bénédict s'éclaircit, et ses regards se portèrent avec bienveillance sur sa fiancée.
—Mais écoutez, dit Athénaïs à Louise, si vous voulez tant voir mademoiselle Valentine, il faut venir à la fête avec nous; vous vous tiendrez cachée dans la maison de notre cousine Simone, sur la place, et de là vous verrez certainement ces dames; car mademoiselle Valentine m'a assuré qu'elles y viendraient.
—Ma chère belle, cela est impossible, répondit Louise; je ne descendrais pas de la carriole sans être reconnue ou devinée. D'ailleurs, il n'y a qu'une personne de cette famille que je désire voir; la présence des autres gâterait le plaisir que je m'en promets. Mais c'est assez parler de mes projets, parlons des vôtres, Athénaïs. Il me semble que vous voulez écraser tout le pays par un tel luxe de fraîcheur et de beauté!
La jeune fermière rougit de plaisir, et embrassa Louise avec une vivacité qui prouvait assez la satisfaction naïve qu'elle éprouvait d'être admirée.
—Je vais chercher mon chapeau, dit-elle; vous m'aiderez à le poser, n'est-ce pas?
Et elle monta vivement un escalier de bois qui conduisait à sa chambre.