Qu’est-ce qui l’attend, au bas de l’escalier—son perchoir—comme il aime à dire? Quelles paroles? Quel visage? Et, tout à l’heure encore, quel nouveau combat? Car il emporte en lui cette chose qu’il ne peut nommer, accroupie dans son cœur, si large et pesante, son angoisse, Satan. Il n’a pas recouvré la paix, il le sait. Avec lui respire un autre être. Parce que la tentation est comme la naissance d’un autre homme dans l’homme, et son affreux élargissement. Il traîne au dedans ce fardeau; il n’ose le jeter, où le jetterait-il? Dans un autre cœur.

Mais le saint est toujours seul, au pied de la croix. Nul autre ami.

—Monsieur le curé, s’écrie la vieille Marthe, monsieur le curé!

Il a descendu les marches sans y penser, et il poursuit son rêve à travers la cuisine, vers le jardin, les yeux mi-clos... La bonne femme le tire par la manche.

—Dans la salle, monsieur le curé, dans la salle...

Et elle hausse un peu les épaules, avec un sourire de pitié.

Cette salle est une belle pièce, une très belle pièce, bien cirée. On y voit six chaises de paille, deux bécassines empaillées sur la cheminée de marbre gris, à côté d’un gros coquillage, et une monumentale statue de Notre-Dame de Lourdes, en plâtre blanc, d’un terrible blanc bleuté (sœur Saint-Mémorin l’a rapportée de Conflans-sur-Somme, aux dernières vacances de Pâques). Il y a aussi une Mise au tombeau, dans un cadre de chêne, toute piquée de moisissure. Et encore, sur le papier aux ramages pâlis (un vrai papier d’auberge), près de l’unique fenêtre, une grande croix de bois noir sans Christ, toute nue.

(Et c’est elle que M. le curé a vu premièrement, et il a aussitôt détourné les yeux...)

—Monsieur le curé, dit Marthe, voilà not’ Maître du Plouy, rapport à son garçon malade...

Le Maître du Plouy s’est levé, a toussé un bon coup, et craché dans les cendres. Devant lui, la tasse à café, vide, fume encore.