Lécuyer arrive demain.

Juillet 1866.

Très bien, cher ami, je suis très content de votre travail. Faites encore quelques noires sur blanches et continuez. Pas de frottements, pas d'unissons, que tout cela ait l'air facile. C'est là la véritable difficulté.

Je suis, cher ami, accablé de besogne: symphonie, opéra, courses, affaires, ennuis, etc. J'ai terminé ma symphonie. Je commence la Jolie Fille. La pièce sera jolie, je l'espère, mais quels vers!... c'est toujours comme dans le Val d'Andorre:

Dans cette ferme hospitalière
Nous trouverons, j'en suis certain,
Peut-être une aimable meunière[46]
Mais à coup sûr d'excellent vin.

À propos d'excellent vin, le vôtre fait la joie de tous mes amis, y compris Lécuyer et Guiraud qui vous envoient mille amitiés. Ce vin-là sent le soleil! C'est fameux! Je ne vois rien à l'horizon pour G. Hélas! cher ami, les hommes deviennent de plus en plus égoïstes. Depuis votre départ, cela marche encore mieux! J'ai des amis très atteints par la crise financière. La hausse de l'Italien a fait perdre beaucoup d'argent! Il est, paraît-il, fâcheux que l'Italie ne banqueroute pas un brin. Je ne comprends rien à ce système. Du reste, on m'affirme que c'est très clair... On parle d'armistice, de paix. Nous aurons l'exposition. On jouera peut-être la Jolie Fille. Espérons.—Dites à G. que je suis bien sensible à son affection. C'est très partagé de mon côté; je serai heureux de le voir. Peut-être sa présence nous aidera à trouver enfin un coin quelconque. Écrivez-moi de longues lettres. Travaillez bien sans vous fatiguer et croyez-moi votre ami dévoué.

Mon père vous fait mille compliments bien affectueux.

Août 1866.

Bon! cela marche. Faites encore quelques contre-points de cette espèce, mais en attaquant les syncopes. Marchez, marchez, et envoyez-moi de la besogne plus souvent.

J'ai sur...[47] 320 pages d'épreuves à corriger, ma Fille de Perth dont je suis assez content, mais qui me donne un mal de chien. C'est ce qui excuse la brièveté de cette lettre.